La Tragédie des Communaux

Publié le par themouseland

Par Garrett Hardin, 1968

L'auteur est professeur de biologie, à l'Université de Californie, Santa Barbara. Cet article est basé sur une intervention présentée avant la réunion de la Division Pacifique de l'Association Américaine pour l'Avancement de la Science à l'Université d'État d'Utah, Logan, le 25 juin 1968.

À la fin d'un article profond sur l'avenir de la guerre nucléaire, Wiesner et York concluaient que : "les deux côtés dans la course aux armements sont ... confrontés au dilemme d'augmenter régulièrement la puissance militaire et de diminuer régulièrement la sécurité nationale. Après mûre réflexion notre jugement professionnel est que ce dilemme n'a pas de solution technique. Si les grandes puissances continuent à ne chercher des solutions que dans le domaine de la science et de la technologie, le résultat sera d'aggraver la situation."

Je voudrais attirer votre attention non sur le sujet de l'article (la sécurité nationale dans un monde nucléaire) mais sur le type de conclusion qu'ils ont tiré, à savoir qu'il n'y a aucune solution technique au problème. Une prémisse implicite et presque universelle des discussions publiées dans les journaux scientifiques professionnel et semi-populaires est que le problème discuté a une solution technique. Une solution technique peut être définie comme une solution qui ne demande de changement que dans les techniques des sciences naturelles, n'exigeant que peu ou pas de changement dans les valeurs humaines ou les idées sur la morale.

De nos jours (quoique cela n'ait pas toujours été le cas) les solutions techniques soient toujours bienvenues. À cause des précédentes prophéties erronées, il faut du courage pour affirmer qu'une solution technique recherchée n'est pas possible. Wiesner et York ont fait preuve de ce courage; en publiant dans une revue scientifique, ils ont insisté sur le fait que la solution du problème ne serait pas trouvée dans les sciences naturelles. Ils ont prudemment qualifié leur déclaration par l'expression, "Après mûre réflexion notre jugement professionnel est que...." Qu'ils aient raison ou pas n'est pas le sujet du présent article. Au contraire, le sujet est ici le concept important d'une classe des problèmes humains qui peuvent être nommés "problème sans solution technique," et, plus spécifiquement, l'identification et la discussion de l'un d'entre eux. Il est facile de montrer que la classe n'est pas une classe vide.

Souvenez-vous du jeu de "morpion" (tic-tac-toe). Considérez le problème, "Comment puis-je gagner au jeu de morpion?" Il est bien connu que je ne peux pas, si j'accepte (conformément aux conventions de la théorie des jeux) que mon adversaire comprend parfaitement le jeu. Tourné d'une autre façon, il n'y a aucune "solution technique" au problème. Je ne peux gagner qu'en donnant un sens radical au mot "gagner". Je peux frapper mon adversaire sur la tête; ou je peux le droguer; ou je peux falsifier les résultats. Chaque voie pour que je "gagne" implique, en un sens ou un autre, un abandon du jeu, comme nous le comprenons intuitivement. (Je peux aussi, bien sûr, abandonner ouvertement le jeu - refuser d'y jouer. C'est ce que font la plupart des adultes.)

La classe "Problèmes sans solution technique" a des membres. Ma thèse est que le "problème de la population," tel qu'il est conventionnellement conçu, est un membre de cette classe. Comment il est conventionnellement conçu nécessite quelques commentaires. Il est juste de dire que la plupart des personnes qui s'inquiètent du problème de la population essayent de trouver une façon d'éviter les maux de la surpopulation sans abandonner aucun des privilèges dont ils bénéficient maintenant . Ils pensent que cultiver les mers ou développer de nouvelles variétés de blé résoudra le problème - technologiquement. J'essaye de montrer ici que la solution qu'ils recherchent ne peut pas être trouvée. Le problème de la population ne peut pas être résolu d'une façon technique, pas plus que le problème de gagner au morpion.

 

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Publié dans Société

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